Contribution à la monographie de la Nécropole de Varna

03 juillet 2020 par Louise GOMART
L. Manolakakis in V. Slavčev, Dir. (2020, à paraître)

Responsable : Laurence Manolakakis

Trois volumes bilingues (allemand, anglais) dédiés à la nécropole de Varna, Das Varna Gräberfeld, paraîtront aux éditions Philipp von Zabern, dans la collection du DAI Eurasien Series, sous la direction de V. Slavčev. J’y suis en charge du mobilier lithique, que j’ai intégralement repris après le récent récolement des inventaires funéraires. L’approche pluridisciplinaire croisera les données technologiques et typologiques des pièces lithiques, en lien avec les approvisionnements en matières premières et les types de production, ainsi que l’analyse fonctionnelle réalisée par M. Gurova.

Les pièces lithiques sont relativement fréquentes dans les tombes de Varna I (247 déposées dans 142 tombes). Elles sont toutes sont en silex de Ludogorie, à l’exception d’une lame en obsidienne provenant de la région de Cejkov, dans le Tokaj en Slovaquie (Monts Zemplín) (Bonsall et al. 2017). Les 3 types de production reconnus dans les habitats chalcolithiques des Balkans nord-orientaux (Manolakakis 2005) sont également attestés ici : production domestique villageoise par percussion indirecte, production spécialisée par pression au levier, production spécialisée par pression à la béquille (Fig. 1). A la différence notable des habitats, les lames par pression au Levier atteignent ici 21 % du corpus  et surtout celles par pression à la béquille sont surreprésentées, avec  45 % du corpus.

Fig. 1 : Exemples de productions par percussion indirecte, par pression à la béquille, par pression au levier

Les pièces lithiques déposées dans les tombes sont essentiellement des lames, le plus souvent brutes de débitage et inutilisées. Les lames sont en majorité déposées entières, particulièrement celles débitées par pression au levier, et dans ce cas préférentiellement associées aux tombes symboliques. Il en découle nécessairement que les lames les plus longues sont le plus souvent associées aux tombes symboliques. Les plus longs exemplaires des lames débitées par pression au levier sont déposés dans les tombes les plus riches.

Concernant les outils, il s’agit principalement de grattoirs et, dans une moindre mesure, de lames retouchées ou utilisées. La quasi-totalité de ces outils ont été utilisés, à l’exception apparente des armatures de projectile qui ne présentent aucune fracture ou trace d’utilisation. Au sein des armatures, celles à tranchant transversal sont majoritaires, les armatures perçantes n’étant attestées que par deux exemplaires de très grandes dimensions.

Dans l’état actuel des déterminations anthropologiques, les lames entières débitées par percussion indirecte ne sont pas déposées dans les tombes féminines ; et les outils, apparemment plutôt associés aux tombes à squelette allongé, sont déposés uniquement auprès d’adultes, et majoritairement des sujets masculins. Certains outils semblent réservés aux hommes comme les grattoirs, les burins et les armatures.

Au niveau régional, les pratiques s’avèrent différentes de celles de Durankulak où les outils prédominent dans les dépôts lithiques et semblent beaucoup moins associés à un sexe ou une classe d’âge (Todorova 2002).

Bibliographie

Bonsall, C., M. Gurova, N. Elenski, G. Ivanov, A. Bakamska, G. Ganetsovski, R. Zlateva-Uzunova, et V. Slavchev. 2017. « Tracing the Source of Obsidian from Prehistoric Sites in Bulgaria ». Bulgarian E-Journal of Archaeology 7:37–59.

Manolakakis, L. 2005. Les industries lithiques énéolithiques de Bulgarie. Vol. 88. Rhaden: Verlag VML.

Todorova, H., éd. 2002. Durankulak, Band II. Die Prähistorischen Gräberfelder von Durankulak. Teil 2, Kalatogteil. Deutsches Archäologisches Institut.