Industries lithiques chalcolithiques de Sultana

03 juillet 2020 par Louise GOMART

Responsable : Laurence Manolakakis

Mes recherches portent sur les industries lithiques des sites chalcolithiques de Sultana, à la faveur des nouvelles fouilles menées par C. Lăzăr, comprenant la formation d’un étudiant roumain à la technologie lithique.

Autour du grand tell daté du Gumelnița et fouillé en 1924 (Andrieșescu 1924), se trouvent des sites plats et des cimetières couvrant l’ensemble du Chalcolithique : Boian pour l’étape ancienne et Gumelnița pour l’étape récente (Fig.). Les sites sont installés dans la grande plaine loessique roumaine, sur la rive droite du Moștistea, affluent du Danube, et aujourd’hui au bord du lac artificiel de Moștistea.

Les sites de Sultana (d’après C. Lazar, comm. pers.)

Je reprends l’étude de tout le mobilier lithique Gumelnița livré par les fouilles anciennes. Les premiers éléments suggèrent que l’essentiel de l’approvisionnement en silex provient des berges du Danube, éloignées d’une vingtaine de kilomètres au sud du site. Il s’agit des silex de Ludogorie de types Ravno et Kriva Reka, récoltés en position secondaire, comme en témoignent les nucléus résiduels. La production locale, domestique, procède par percussion directe tendre, pour une production lamino-lamellaire de petits modules.

En revanche, la présence importante de lames débitées par percussion indirecte, sans qu’aucun nucléus puisse y être associé, semble confirmer l’importation de ces lames depuis l’aire où elles sont produites, à savoir en Bulgarie du Nord-Est. Quelques rares lames, dont aucune entière, ont été débitées par pression au levier ou par pression à la béquille. Egalement sans indices de débitage local, elles sont importées depuis les ateliers spécialisés des environs de Razgrad, en Bulgarie du Nord-Est (Manolakakis 2017).

A l’issue de l’étude complète des quelque 860 pièces, cet assemblage lithique apportera des données importantes sur les débitages domestiques, avec notamment la question d’une production de lamelles, absente des assemblages contemporains de Bulgarie, et celle des quantités de produits importés et de leur rôle dans l’économie lithique. Le site pourra être comparé avec les très rares sites roumains contemporains ayant fait l’objet d’une étude technologique, tels que celui de Pietrele (Gatsov et Nedelcheva 2019).

En outre, je réalise l’étude des pièces lithiques déposées dans les tombes des cimetières Boian et Gumelnița au fur et à mesure des fouilles. La nécropole de Varna, où j’ai pu mettre en évidence cinq classes de richesse liées à des statuts sociaux et économiques différents (entre autres Manolakakis 2005), apparaît particulière ; dans toutes les autres nécropoles connues, même de très grande dimension comme celle de Durankulak, les tombes des élites sont globalement moins riches et ne manifestent pas autant d’affichage ostentatoire de leur statut. Du point de vue lithique, ces nouvelles données permettront d’alimenter la question des pratiques funéraires KGK, d’autant qu’une des nécropoles de Sultana est exactement contemporaine de Varna et l’autre plus récente (Phase A2). En effet, si à Varna les très grandes lames débitées par pression au levier sont clairement liées aux élites, entières et inutilisées, il semble bien que cela ne soit pas le cas dans les autres nécropoles. L’observation des mobiliers lithiques déposés dans les tombes Gumelnița apportera donc un regard complémentaire, de même qu’une profondeur chronologique pourra être appréhendée avec les mobiliers Boian. Ils pourront également être comparés avec les pratiques funéraires Hamangia de Durankulak (Todorova 2002).

Bibliographie 

Andrieșescu, I. 1924. « Les fouilles de Sultana ». Dacia I:51–107.

Gatsov, I., et P. Nedelcheva. 2019. « Pietrele 2: Lithic Industry. Finds from the Upper Occupation Layers ». Archäologie in Eurasien 40:86.

Manolakakis, L. 2017. « So Long Blades… Materiality and Symbolism in the North-Eastern Balkan Copper Age ». P. 265–284 in European Archaeology. Identities and Migrations, édité par L. Manolakakis, N. Schlanger, et A. Coudart. Sidestone Press.

Todorova, H., éd. 2002. Durankulak, Band II. Die Prähistorischen Gräberfelder von Durankulak. Teil 2, Kalatogteil. Deutsches Archäologisches Institut.