Les industries lithiques Michelsberg de l’Aisne

07 juillet 2020 par Louise GOMART

Responsable : Laurence Manolakakis

La vallée de l’Aisne est une microrégion tout à fait propice aux recherches sur le Néolithique moyen puisque, sur 80 km de vallée, entre Reims et Soissons, les destructions liées aux exploitations de gravières sont surveillées depuis plus de quarante ans. Mon laboratoire a ainsi fouillé de nombreux sites, parmi les plus importants du Néolithique moyen. Assurément, la fouille extensive des quatre enceintes de Bazoches-sur-Vesle en fait l’un des sites-clefs du Michelsberg, celle de Cuiry-lès-Chaudardes, plus connu pour ses vestiges rubanés, livre l’un des seuls sites ouverts du Michelsberg du Bassin parisien, tandis que celle de Beaurieux découvre le premier monument funéraire Michelsberg (Fig.1).

Fig. 1 : Modèle de hiérarchie des sites Michelsberg de l’Aisne-Vesle (Dubouloz 2007)

La grande enceinte de Bazoches, qui enclôt plus de 9 ha, est datée de 4200/4000 BCE et a livré plus de 15 000 pièces lithiques. L’analyse technologique et l’étude détaillée des matières premières exploitées sont en cours d’aboutissement. Essentiellement sur éclats, la production lithique conserve une petite tradition laminaire hérité du Néolithique ancien. J’ai mis en évidence au moins trois modes de production  différents :

– un débitage d’éclats sur silcrète bartonien local,

– un débitage par percussion directe de lames de petits et moyens modules en silex crétacés et silcrète bartonien locaux micro-régionaux,

– et un débitage de lames massives de plus grand module par percussion indirecte sur silcrète bartonien qui semble étroitement lié à l’exploitation des silcrètes bartoniens de bonne qualité pour la production des haches polies telle que Romigny-Lhéry (Fig. 2).

Fig. 2 : Productions du Michelsberg dans le nord de la France.

L’un des enjeux majeurs réside dans la centralité du site et son éventuel rôle redistributeur de la matière première (silcrète du plateau tardenois oriental), voire de lames massives. Dans le cadre de la publication monographique du site, en association avec les chercheurs qui étudient les autres types de mobilier, la répartition spatiale des mobiliers sera analysée afin d’appréhender les questions sur la fonction de ces enceintes, encore très controversée.

De même pour le site ouvert de Cuiry ‘Les Fontinettes’, l’analyse technologique et typologique du mobilier lithique constituera un chapitre de la publication monographique en cours (Le Bolloch, Hachem, Manolakakis). J’associerai à ma propre étude l’analyse fonctionnelle, qui sera réalisée par R. Gosselin. L’une des problématiques porte sur le statut des débitages, qu’il s’agisse des éclats ou des lames : productions opportunistes, domestiques villageoises, productions de spécialistes ? L’autre concerne le fonctionnement d’un tel site ouvert, par rapport à celui des enceintes.

Enfin, l’identification fine des gîtes d’approvisionnement en silex (crétacés et bartonien) exige la poursuite des prospections pédestres, l’enrichissement de la lithothèque de Soissons et une synthèse approfondie sur les principaux assemblages lithiques de la vallée, thématiques mises en œuvre dans des programmes ciblés, tels que le GDR SILEX et le PCR Silcrètes d’Île-de-France.