Mission Archéologique du MEAE : 2NOR (2018-2021)

07 juillet 2020 par Louise GOMART

La mission Archéologique 2NOR Néolithisation du nord-ouest de la Russie, soutenue par le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, est une collaboration franco-russe entre le CNRS (resp. Y. Maigrot) et le Musée de l’Ermitage (resp. A. Mazurkevich).

Le projet porte sur l’histoire des premières communautés sédentaires de la vallée de Serteya, affluent de la Dvina (à 100 km au nord-ouest de Smolensk). La vallée est caractérisée par un chapelet de dépressions qui, au début de l’Holocène, correspondaient à d’anciens lacs. Au cours du Néolithique ancien (culture de Serteya puis de Rudnya, entre la fin du 7eet le début du 5emill. BC), les habitats occupaient principalement les bords de terrasses du nord et du sud de la vallée. Ils regroupaient des communautés de chasseurs-cueilleurs, sédentaires et producteurs de céramique. Lors de la transition Atlantique/Subboréal, survient une importante régression du niveau des eaux. C’est à cette période, vers 3700 BC, qu’apparaissent les premiers villages lacustres du Néolithique moyen (Culture de Usvyasty) qui occupent alors les bords des lacs résiduels du sud de la vallée. Ces implantations perdureront jusqu’au Néolithique final (culture de Zhizhitsa puis culture Nord Bielorussienne, 2550 – 1950 BC), c’est à dire avec les premières communautés agro-pastorales de la région.

Localisation du site de Serteya II

Le site de Serteya II correspond à l’une de ses occupations. Fouillé depuis 2008 en subaquatique par A. Mazurkevich, il a livré un matériel, y compris organique, tout à fait exceptionnel. Toutefois, ces fouilles, contraintes par le lit actuel de la rivière, n’offraient qu’une vision très partielle des occupations. Pour une compréhension plus globale tant du point de vue spatial que diachronique, à partir de 2015, la surface de fouille a été élargie aux rives, en particulier la zone occidentale qui correspond à l’ancienne berge du paléolac. L’ouverture de ces nouveaux secteurs permet de documenter la succession des communautés qui s’y ont installées, ainsi que les stratégies d’exploitation du milieu environnant qu’elles y ont développées, leur emprise étant conditionnée par les variations du niveau des eaux au cours du temps. Les plus anciens indices anthropiques reconnus sont attribués au Mésolithique et au Néolithique ancien. Circonscrits à la partie occidental du site, ils sont rares et correspondent à des pointes de flèches en os, probablement perdues lors de sessions de chasse ainsi que quelques tessons érodés appartenant aux cultures de Serteya et de Rudnya. Les premières véritables phases d’occupation sont datées de la première moitié du 4emill. BC. Elles correspondent à l’arrivée de population issues des steppes. Deux vagues d’immigrations sont enregistrées. La première est associée à la culture de Khvalynskaya qui a pour origine la moyenne Volga. La deuxième un peu plus tardive renvoie, quant à elle, à la culture de Snedny

Stog qui englobe un vaste territoire comprenant la région du Dniepr, le bassin de Seversky Donets et du Don. L’évolution locale de ces cultures donnera naissance, au Néolithique moyen, à la culture d’Uvyatsy qui se développera entre 3100 et 2900 av. n. è. À la culture d’Uvyasty succède la culture de Zhizhitsa du Néolithique final qui couvre un peu plus de la moitié du 3emill. BC. Les couches archéologiques du Néolithique moyen et final s’accumulent dans une épaisse couche de sapropèle brun/olive sur parfois plus d’un mètre épaisseur, qui a largement favorisé la conservation des structures et du mobilier, y compris organique. Cette documentation exceptionnelle nous permet de restituer les stratégies de fonctionnement de ces communautés lacustres. Malgré des contacts avec des groupes agro-pastoraux, aucun signe d’une économie de production n’a pu être mis en évidence. Profitant d’un environnement aux ressources riches et diversifiées, les habitants pratiquaient la chasse (élan, castor, sanglier), la pêche (silure, brochet, perche) et la cueillette.

Vue aérienne du site de Serteya II

Les villages, au moins pour Zhizhitsa, semblent présenter une organisation interne adaptée à la topographie et au niveau de l’étiage du lac avec : à l’abri des inondations des aires d’activités spécialisées (exemple : boucherie), puis la zone d’habitat constituée de maisons réhaussées et les pêcheries. Par ailleurs, la culture matérielle de ces populations met en évidence l’existence de nombreux réseaux d’échange à plus ou moins longue distance. C’est le cas, par exemple pour les pendeloques en ambre, retrouvées dès le Néolithique moyen et dont l’origine la plus proche est à rechercher en Baltique. Finalement, ces communautés renvoient l’image d’une dynamique culturelle et d’une économie plus complexe qu’elles n’y paraissent au premier abord.