NéoDyn. Dynamiques migratoires des premiers paysans en Europe : le possible rôle clé des ressources salifères dans la néolithisation » (2019-2021)

15 juillet 2020 par Louise GOMART

Responsables : Olivier Weller et Jérome Dubouloz (Trajectoires)

Participants : Trajectoires (Robin Brigand, Laurent Aubry, Jean-Paul Demoule, Cyrille Galinand), EVS-Environnement, Ville, Société (Jean-François Berger), LGP (Julien Cavero), Musées des mines de sel à Wieliczka/Pologne (Jan Godlowski), Université Al. I. Cuza à Iasi/Roumanie (Marius Alexianu), Fondation Valle Salado de Añana/Espagne (Alberto Plata Montero).

Ce projet pluridisciplinaire financé aujourd’hui au titre de la politique scientifique de l’Université Paris 1 (2019-2021) entend poursuivre et développer plus avant les actions et les échanges engagés depuisplusieurs années sur les questions de néolithisation dans le cadre d’une coopération active entre notre UMR et nos partenaires nationaux et européens (Labex DynamiTe-UP1 2017-2018, MSH MAE 2017-2018, ANR Obresoc, ANR franco-allemande MK).

Ce projet réunissant archéologue, géographe, géomaticien et géomorphologue s’inscrit dans une problématique générale concernant la mobilité, les migrations et les interactions économiques, sociales et culturelles qu’elles impliquent dans le fonctionnement durable des toutes premières sociétés agro-pastorales. Ici, les processus de néolithisation sont abordés pour la société rubanée qui s’est étendue très rapidement sur toute l’Europe tempérée (Culture à Céramique Linéaire ou LBK, 5600-4900 avant notre ère) et, à titre de confrontation, sur celle cardiale du pourtour méditerranéen avec le cas du nord de la Péninsule ibérique (5600-4500 avant notre ère).

Fig. 1 – Les grands courants de néolithisation de l’Europe et quelques sources salées remarquables (O. Weller 2019 d’après D. Gronenborn 2018, complétée et modifiée)

Notre recherche s’intéresse précisément à déterminer, à côté de critères purement agrologiquesclassiquementutilisés, l’attractivité d’autres ressources naturelles, les ressources en sel, dans le processus d’expansion de ces premiers agriculteurs depuis la Transdanubie austro-hongroise ou depuis les côtes méditerranéennes françaises. Ces ressources salifères, autour desquelles se sont constitués à certains moments, on le sait ailleurs ou plus tard avec l’or blanc de Hallstatt par exemple, de véritables pôles d’attraction et d’innovation pour les communautés humaines, peuvent avoir grandement contribué à l’extrême vitesse de l’expansion agricole initiale (100 à 150 ans) vers la Pologne ou l’Allemagne occidentale par exemple. C’est donc bien ces dynamiques d’expansion et de colonisation territoriale arythmique à travers toute l’Europe que nous nous proposons de mieux caractériser à partir des vitesses d’expansion, des densités d’occupation et des formes et stabilité/instabilité du peuplement.

Fig. 2 – SIG et Base de données LBK : les variables topographiques et agro-écologiques (41 descripteurs par site LBK ; R. Brigand 2019)

Pour ce faire, l’analyse spatiale multiscalaire, menée depuis l’échelle des différentes régions ou zones ateliers jusqu’à celle de toute l’aire européenne concernée, s’appuiera sur des bases de données étoffées et géoréférencées, en grande partie d’ores et déjà constituées (6500 sites), ainsi que sur l’utilisation d’outils géostatistiques permettant de modéliser ces différentes dynamiques territoriales. Plus encore, dans les zones ateliers de Pologne et du Pays basque espagnol où la documentation s’y prête, nous croiserons ces résultats : d’une part avec les données paléo-environnementales pour mesurer les impacts de la production du sel sur le paysage (déforestation pour le combustible, érosion des sols) ; d’autre part, avec la composition des assemblages céramiques, pour envisager les fonctions socio-économiques du sel (conservation alimentaire, première fromagerie…), un produit fugace mais irremplaçable aux sociétés agro-pastorales.