NéoSal. Les salines d’Añana (Álava, Pays basque) : une exploitation du sel dès le Néolithique (2021-2024)

15 juin 2021 par Maxime DANGER

Responsables : Olivier Weller (Trajectoires) et Alberto Plata Montero (Fundación Valle Salado)

Institutions partenaires : UMR 8215 – Trajectoires (CNRS et Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) ; Fondation Valle Salado (Añana) ; UMR 5608 – TRACES (CNRS et Université Toulouse Jean Jaurès) ; UMR 7264 – CEPAM (CNRS et Université de Nice) ; UMR 6249 – LCE (CNRS et Université de Franche-Comté) ; UMR 7209 – AASPE (CNRS et Museum d’Histoire Naturelle de Paris) ; INRAP ; Universidad del País Vasco-Vitoria ; Université populaire du Pays basque ; Qark Arqueología SL ; Universidad de Valladolid ; Casa de Velázquez (Madrid)

Aux origines de la production du sel

Financé par le Ministère des Affaires étrangères (Commission des fouilles), ce nouveau projet (2021-2024) dans le Pays basque (salines d’Añana, Álava) constitue le prolongement de nos recherches en Europe orientale puisqu’il s’agit là encore des plus anciens témoins de production de sel en Europe, soit ici dès le Néolithique (deuxième quart du Ve millénaire av. J.-C.). Ces plus anciennes exploitations de sel européennes, et même mondiales, font l’objet de débats liés à la sédentarisation de l’Homme, aux pratiques alimentaires (alimentation humaine et animale, conservation des denrées, fromagerie…), au développement des économies complexes (réseaux d’échanges, contrôle des ressources et des productions…) et à l’apparition des sociétés inégalitaires.


Carte de situation des salines d’Añana (Vitoria-Gasteiz, Álava, Pays Basque)
 (© R. Brigand et O. Weller)

Des salines réhabilitées très anciennes

Exploitées par évaporation solaire sur plus de 10 ha (aujourd’hui sur 2000 plateformes sur pilotis de cristallisation faites de bois, argile et pierre), la reprise de la production de sel de cette saline médiévale puis moderne, totalement abandonnée dans les années 1960, ne date que de 2010. A l’image de la renaissance des marais salants de Guérande, ce site est devenu un lieu incontournable à la fois pour le patrimoine vivant, le paysage culturel ou la gastronomie (70 000 visiteurs/an). Il atteint aujourd’hui une production moyenne de 220 tonnes/an (récolte de mai à octobre). Salué en 2015 pour un prix européen (European Heritage awards), le site est en cours de demande de classement UNESCO.


Vue générale sur les salines (© CNRS / O. Weller)

En 2013-2014, lors de la réfection d’anciennes aires d’évaporation historiques abandonnées, plusieurs niveaux stratigraphiques riches de centaines de tessons céramique et niveaux de combustion ont été identifiés sur la partie amont des salines d’Añana. Datées d’au moins 4700 avant J.-C., ces exploitations néolithiques pourraient bien jouer un rôle majeur dans les processus de colonisation et de sédentarisation du nord de la Péninsule ibérique, un rôle d’attracteur, voire de fixateur, pour les premières populations d’agriculteurs-pasteurs venues du sud de la France. Ignorées encore des modèles de colonisation et de sédentarisation à l’échelle régionale comme nationale, ce projet quadriennal entend bien mettre l’accent sur l’importance de certaines ressources en sel, avec les sources salées d’Añana, et leur pouvoir à la fois attractif et structurant pour les premières communautés d’agriculteurs-éleveurs d’Europe occidentale. Ces émergences naturelles de saumure sont à la fois très concentrées en sel, avec 250 à 280 g/l de NaCl soit quasi 10 fois l’eau de mer, et très abondantes avec un débit élevé de 2 l/s les rendant quasi inépuisables.

 
Une exploitation renaissante très dynamique (© CNRS / O. Weller)

Des découvertes exceptionnelles à étudier

Sur les salines d’Añana, région encore mal documentée pour la pré- et protohistoire, il s’agit d’identifier l’ensemble des procédés techniques utilisés, de caractériser les modes de gestion et les interactions avec le milieu naturel et d’évaluer l’impact socio-économique de ces premières productions de sel méditerranéennes à l’échelle du site (encore en fonctionnement) mais aussi, plus largement, à l’échelle régionale et au-delà. Aussi, outre le repérage et la fouille détaillée des importants dépôts archéologiques (puissantes accumulations de sols de combustion très riches en mobilier céramique observées en coupe sur plusieurs centaines de mètres de longueur en aval des sources salées), il conviendra de mener une série d’analyses (eaux, sols, charbons, pollen…) à la fois sur le site et hors site. Les prospections et carottages viendront ainsi enrichir les données contextuelles et les inventaires et bases de données des sites repérés anciennement dans la région (abris sous roche, grottes bergerie, mégalithes…) permettront d’évaluer le pouvoir structurant de cette première saline préhistorique méditerranéenne et de ces débouchés en regard aussi bien des processus de néolithisation de la chaine pyrénéenne (colonisation pionnière de la vallée de l’Èbre dès le milieu du VIe millénaire) que du développement remarquable du mégalithisme, du pastoralisme et des réseaux d’échanges dès le Ve millénaire avant notre ère.

 
Découvertes archéologiques sous les bassins d’évaporation (© CNRS / O. Weller)