Réseau NEMESIS (atlaNtiquE Mer noirE territoireS socIétéS): De l’Atlantique à la Mer noire, territoires et sociétés européennes à l’âge du Fer

Grâce à des approches scientifiques nouvelles et à des politiques patrimoniales plus actives, l’archéologie du XXe siècle a permis de découvrir et de fouiller des milliers de sites protohistoriques dans toute l’Europe. Le développement de cette archéologie scientifique se poursuit en ce début de XXIe siècle grâce à de solides fondations posées dans les universités et les instituts de recherche européens.

  1. Thématique du projet

Grâce à des approches scientifiques nouvelles et à des politiques patrimoniales plus actives, l’archéologie du XXe siècle a permis de découvrir et de fouiller des milliers de sites protohistoriques dans toute l’Europe. Le développement de cette archéologie scientifique se poursuit en ce début de XXIe siècle grâce à de solides fondations posées dans les universités et les instituts de recherche européens. Les découvertes spectaculaires et les fouilles archéologiques ont généré une quantité de données archéologiques sans précédent dans l’histoire de la recherche. Ces données matérielles et intellectuelles permettent de disposer aujourd’hui d’un corpus solide et diversifié grâce auquel il est possible de renouveler les approches sur le fonctionnement de l’économie, des structures sociales et politiques pendant la Protohistoire.

La période de l’âge du Fer (VIIIe-Ier s. BCE) occupe une place particulière dans l’histoire des sociétés européennes. Elle concentre en effet une série d’innovations fondamentales qui voient la mise en place de systèmes politiques complexes, l’apparition des premières villes ainsi qu’un développement économique inédit qui déclenche la monétarisation des échanges. Les analogies dans la culture matérielle des cultures archéologiques de l’est et l’ouest de l’Europe ont été détectées très tôt au XXe s. et la culture celtique, même si elle n’a jamais constitué une unité culturelle homogène, a pu être étudiée au sein d’un ensemble géographique cohérent, celui du continent européen. Cette perspective européenne n’a jamais été perdue de vue au cours du XXe s. et elle se perpétue aujourd’hui, voire se renforce grâce au développement des réseaux de recherche académique.

Les protohistoriens européens sont engagés dans la recherche avec des objectifs communs autour de plusieurs enjeux actuels. Le premier concerne les rythmes d’évolution des différents sous-ensembles de l’Europe intérieure que l’archéologie protohistorique a l’habitude de traiter séparément ou seulement dans leurs rapports avec les États méditerranéens. Il s’agit des “Celtibères”, des “Celtes”, des “Daces”, etc., pour utiliser des désignations consacrées par l’usage, même si leur légitimité est très discutable, tant est problématique la transposition au domaine archéologique des réalités ethniques évoquées par les sources écrites gréco-romaines. Le second enjeu est celui des interactions entre le monde méditerranéen et les sociétés de l’âge du Fer, depuis les franges de la Mer Méditerranée jusqu’aux contrées les plus éloignées de l’Europe tempérée. Les questions fondamentales qui se posent sont celles des stratégies politiques, économiques et sociales que les communautés protohistoriques ont pu développer pour accompagner ou au contraire, contrer la formation des États méditerranéens.

Parmi les problématiques scientifiques qui découlent de ces enjeux, nous avons retenu une série de thèmes particulièrement pertinents et fédérateurs pour fonder le réseau NEMESIS :

  • Agglomérations et réseaux de peuplement (émergence et développement de l’urbanisation).
  • Économie et échanges (productions, nature et intensité des échanges, flux commerciaux, monétarisation).
  • Environnement, agriculture et paysages (systèmes et techniques agricoles, implications sociales et politiques).
  • Le facteur religieux en tant que vecteur de l’organisation des territoires et des sociétés.

Ce panorama thématique s’efforcera de prendre en compte les nouveaux observables qui demeurent à intégrer dans le discours archéologique (archéologie moléculaire et archéologie extensive). A l’heure où tous les niveaux de la discipline archéologique sont particulièrement concernés par les technologies numériques, mais dans la mesure où sa « transition numérique » est encore loin d’être aboutie, il nous a semblé également indispensable de mettre à profit le réseau pour susciter des échanges d’expérience dans ce domaine. Ces échanges ont d’autant plus d’intérêt que les “humanités numériques” constituent un axe prioritaire de la politique européenne en matière de recherche et d’innovation.

  1. Objectifs scientifiques

La communauté européenne des archéologues qui travaillent sur l’âge du Fer s’est structurée au cours du dernier demi-siècle. Deux initiatives françaises conjointes ont fortement contribué à cette dynamique : d’une part l’Association Française pour l’Étude de l’Age du Fer (AFEAF) qui forme un réseau de plusieurs centaines de chercheurs et d’étudiants. Elle joue un rôle moteur fondamental pour la diffusion de la connaissance à l’échelle européenne ; d’autre par le “projet” du Mont Beuvray, qui depuis 1984 a soudé plusieurs générations de chercheurs et d’étudiants européens autour des fouilles archéologiques de l’oppidum de Bibracte.

  • Concrètement, la recherche archéologique française sur l’âge du Fer peut s’appuyer sur un réseau de laboratoires français (UMR) affichant des axes de recherche spécifiques directement liés à des fouilles archéologiques en France et dans l’espace européen. Les principaux laboratoires concernés sont : AOrOc / UMR 8546 (Paris ENS-PSL), ARTeHIS/ UMR 6298 (Dijon), Ausonius / UMR 5607 (Bordeaux), ASM / UMR 5140 (Montpellier), Chrono-environnement / UMR 6249 (Besançon), IRAMAT / UMR 5060 (Bordeaux, Orléans, Belfort), TRACES / UMR 5608 (Toulouse), Centre Camille Jullian / UMR 7299 (Aix-en-Provence), ArAr / UMR 5138 (Lyon), CREAAH / UMR 6566 (Rennes, Nantes), CITERES / UMR 7324 (Tours), ArScAn / UMR 7041 (Nanterre), Archimède / UMR 7044 (Strasbourg).
  • A l’étranger, des liens solides existent avec les chercheurs de tous les pays d’Europe, en particulier en Europe centrale : République tchèque ( Mazaryk de Brno et univ. Karlova de Prague), Roumanie (univ. Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca), Hongrie (Université Eötvös Lorand de Budapest ), mais aussi en Allemagne (univ. de Kiel, Stuttgart, RGZM Mainz), Suisse (univ. de Lausanne), Grande-Bretagne (univ. de Durham, Leicester, Londres), Italie (univ. de Bologne, univ. La Sapienza (Roma 1, Roma 3, univ. de Milan, univ. de Padoue), Espagne (univ. de Barcelone, univ. Complutense et univ. Autónoma de Madrid, univ. de Saragosse), Portugal (univ. de Coimbra), Autriche (univ. de Vienne), pour ne citer que quelques exemples.
  • Le premier objectif du projet d’IRN est de contribuer à l’élargissement du réseau scientifique des protohistoriens actifs dans le domaine celtique et à l’identification de champs de recherche qui peuvent être partagés à une échelle géographique élargie. A cet égard, l’IRN doit soutenir les chercheurs qui préparent des projets de recherche ambitieux, de haut niveau scientifique et d’ampleur internationale avec l’objectif d’être soumis à des appels d’offres européens (ANR, Conseil européen de la recherche, Horizon Europe). La valeur ajoutée de l’IRN consistera à renforcer et à développer le réseau de recherche académique international pour faire émerger de nouveaux projets de haut niveau scientifique, en stimulant particulièrement les jeunes chercheurs.
  • Le champ géographique retenu, de l’Atlantique à la mer Noire, est légitime à plusieurs égards. Il s’agit pour l’essentiel de régions de l’Europe moyenne dont les conditions climatiques tempérées ont fourni un cadre naturel relativement homogène pour le développement des sociétés agraires. De la péninsule Ibérique et des îles Britanniques aux Carpates et au littoral de la mer Noire, il s’agit également de régions qui ont vu l’émergence progressive de sociétés urbaines au cours du dernier millénaire avant le changement d’ère.
  • La période privilégiée pour mener cette réflexion partagée est celle qui voit le développement de sociétés urbaines au cours du Deuxième âge du Fer, soit principalement les IIIe-Ier siècles BCE. Ce resserrage chronologique tient à la richesse et à la cohérence des problématiques liées à la période et, partant, à la cohésion de la communauté scientifique concernée.
  • En pratique, l’activité de l’IRN sera centrée sur des rencontres annuelles de format “atelier thématique”. Ces ateliers seront conçus et organisés à tour de rôle par les équipes partenaires, avec le souci de favoriser les co-productions entre une équipe française et une équipe européenne.
  • L’animation de l’IRN sera rythmée par les réunions du comité de pilotage (core group) et du comité scientifique adossées à d’autres occasions régulières de rencontre de la communauté, dans une volonté d’économie de temps et de moyens : réunion d’hiver de l’AFEAF (fin janvier / début février) pour le comité scientifique et réunion de fin de campagne de Bibracte (fin septembre / début octobre) pour le core group.
  • Une partie du budget de l’IRN sera réservé pour financer les missions individuelles de chercheurs, à la condition que ces missions aient pour objectif de préparer des candidatures à des appels à projets scientifiques dans l’espace européen
  • L’IRN mettra en place un outil de communication léger, sous la forme d’un carnet de recherche sur la plateforme hypotheses.org.

3. L’action centrale de l’IRN NEMESIS : cinq ateliers thématiques (2021-2025)

La tenue d’ateliers thématiques annuels formera la colonne vertébrale de l’IRN NEMESIS. Chaque atelier sera organisé par un groupe de travail dédié, piloté par un ou plusieurs membres du core group, avec le souci d’associer des chercheurs français et européens dans l’organisation. Les ateliers seront organisés au printemps ou à l’automne de chaque année sur une durée moyenne de 2,5 jours. Les thèmes et lieux des ateliers sont planifiés pour les 5 années du programme.

2021 – Bordeaux (Gironde) : Genèse et développement des agglomérations aux IIIe-IIe s. BCE

L’atelier a pour premier objectif de rassembler les chercheurs européens qui travaillent sur ces agglomérations de manière à définir les fondements d’une réflexion commune et de proposer des outils communs pour l’approche spécifique de ces sites archéologiques, en particulier les explorations géophysiques. Il ambitionne également de confronter ce phénomène apparemment spécifique au domaine celtique avec la situation contemporaine dans les autres régions de l’espace étudié.

2022 – Cluj-Napoca et Sarmizegetusa Regia (Transylvanie, Roumanie) : L’expression de l’idéologie dans la culture matérielle

Cet atelier propose d’examiner les manifestations matérielles liées à des actes symboliques et idéologiques pouvant relever de différentes formes de dévotion individuelle ou communautaire (sacrifices, dépôts iconographie, décors, images et signes, architecture). L’objectif est de déterminer un possible espace symbolique commun entre les communautés de l’âge du Fer (Celtes, Daces, Thraces…) et son évolution dans le temps.

2023 – Strasbourg (Bas-Rhin) : Quelle stratégie numérique pour les recherches en Protohistoire en Europe ?

L’objectif de cet atelier est de réfléchir à la mise en œuvre d’instruments et d’outils communs, opérants et efficaces, adaptés précisément aux problématiques spécifiques développées par les protohistoriens en Europe.

2024 – Brno (République Tchèque) : Environnement et paysages de l’âge du Fer

L’objectif de cet atelier est d’aborder la formation des territoires, l’évolution des structures sociales et politiques à travers le développement la production agricole en Europe à l’âge du Fer en croisant les importantes bases de données disponibles en Europe.

2025 – Montpellier : Le facteur religieux dans l’organisation des territoires et des sociétés à l’âge du Fer

Cet atelier a pour objectif d’examiner les modalités de la construction progressive d’un paysage religieux qui devient une composante essentielle des territoires de la fin de l’âge du Fer en Europe.

4. Partenaires de l’IRN NEMESIS

Core group (6 tutelles) 

AUSONIUS UMR 5607 (project initiator): Sophie Krausz (tutelles : CNRS, UBM)

Bibracte EPCC : Vincent Guichard (Bibracte EPCC)

University Babeș-Bolyai of Cluj-Napoca (Romania) : Gelu Florea

University Masaryk, Brno (Czech Rep.) : Petra Goláňová

University of Durham (GB) : Tom Moore

Partners (nominative list)

– Philippe Barral, Benjamin Clément, Olivier Girardclos, Isabelle Jouffroy-Bapicot, Matthieu Thivet (Chrono-environnement UMR 6249 UFC).

– Pierre Nouvel (UMR 6298 ARTeHIS, univ. de Dijon)

– Loup Bernard, Stephan Fichtl (Archimède UMR 7044 Strasbourg)

– Veronica Cicolani, Michel Dabas, Thierry Lejars (AOROC UMR 8546)

– Eneko Hiriart, Marion Berranger, Sylvia Nieto, Juliette Hantrais (IRAMAT-UMR 5060)

– Réjane Roure (ASM UMR 5140)

– Vivien Mathé (URM 7266 LIENSs)

– Jan Kysela, univ. Charles, Prague, Rep. Tchèque

– Lenka Lisá, Akademie věd České republiky

– Peter Barta, Department of Archaeology, Comenius University in Bratislava

– Tomáš Smělý, independent researcher, collaborator of univ. Masaryk, Brno.

Scientific Committee of IRN NEMESIS

Barral P. : Chrono-environnement UMR 6249 UFC

Bernard L. : Archimède UMR 7044 Strasbourg

Cicolani V. : AOROC UMR 8546

Florea G. : University Babeș-Bolyai of Cluj-Napoca (Romania)

Goláňová P. : University Masaryk, Brno (Czech Rep.)

Guichard V. : Bibracte EPCC

Hiriart E. : IRAMAT UMR 5060

Krausz S. : AUSONIUS UMR 5607 (project initiator)

Moore T. : University of  Durham (GB)

Nouvel P. : University of Dijon

Roure R. : ASM UMR 5140