Sociétés et économies

L'émergence des économies de production et la diversification des stratégies d'exploitation des ressources naturelles vivantes (animales et végétales) et minérales (pierre, argile, métal, sel), constituent des processus éminemment structurant dans l'organisation et l'évolution des sociétés protohistoriques, des derniers chasseurs mésolithiques aux paysans gaulois.

Les projets financés adossés à ce thème sont principalement l’ANR Homes (porteur), le projet Metate (Labex Dynamite, Subvention Fyssen et AAP UP1), le projet iNSTaNT (porteur, MSH Mondes) ; un projet Synchrotron, deux missions du MEAE (Russsie-2NOR, Espagne-NéoSal en prép.), l’IRP NORth, la participation au projet Archéologie du delta du Danube (MAEDI, IRP), ainsi que plusieurs PCR régionaux (DRAC-MCC). D’autres participations viennent également enrichir ce thème très dynamique (1 participation H2020-MSCA-ITN, 2 ANR génériques, 2 GDR, 1 projet ID-CNCS en Roumanie, 1 projet NKFI en Hongrie, etc.).

1. Systèmes de production et de transformation des ressources du vivant

Ces dernières années ont émergé des travaux sur les pratiques et techniques de consommation alimentaire sur la longue durée (du Mésolithique à l’âge du Fer). Les ressources halieutiques sont intégrées via les études fonctionnelles des équipements (hameçons, harpons, nasses, filets) et stratégies de pêche en eau douce (étudiés en Russie au 3e millénaire) et en mer (pêcheries de Bretagne et de Normandie). Les rythmes d’évolution de la consommation courante ou collective et les stratégies d’élevage et de chasse afférentes sont scrutés dans les domaines profanes comme sacrés. Une étude paléogénomique (collaboration avec l’Institut Jacques Monod, UMR 7592) vise à préciser les premières stratégies de domestication en pistant l’origine des bovins (migration, hybridation). Quant aux produits secondaires issus de l’élevage, une attention particulière est portée aux débuts de la production laitière (analyses chimiques avec l’Université de Bristol, prolongement du partenariat noué lors de l’ERC Milk). De manière plus exploratoire, les analyses isotopiques sur les animaux domestiques (collaboration avec l’Université de Durham) permettent d’appréhender la fréquentation saisonnière de sites remarquables, comme les enceintes monumentales du Néolithique, ou encore à cerner l’évolution des pratiques fourragères, pour les caprinés. L’étude typologique et tracéologique des matières dures animales permet de définir leur place dans l’économie des sociétés du 6e au 3e millénaire. Par exemple, en Russie occidentale, l’accent est mis sur les nouvelles matières premières issues de l’élevage, ainsi que l’apparition de nouveaux domaines techniques (par exemple la céramique) susceptibles d’intégrer cet outillage (Mission MEAE et IRP Russie). Il s’agit par ailleurs de confronter les supports utilisés dans l’industrie osseuse et la consommation alimentaire, animaux sauvages versus domestiques, afin de préciser les choix fonctionnels ou symboliques opérés en particulier durant le Néolithique.

L’interaction des différentes catégories d’outils mis en œuvre dans les procédés d’acquisition et de transformation des matières végétales est appréhendée dans les domaines artisanal et alimentaire. Par le biais d’approches croisées intégrant technologie et tracéologie des outils, études paléoenvironnementales et démarches expérimentales, l’évolution des systèmes de transformation des matières végétales, notamment textiles, et la fonction des outils de broyage dans leurs contextes d’utilisation, archéologiques comme actuels (projet Metate – Labex Dynamite, projet Fyssen et AAP UP1 ; participation à 2 projets du CSIC espagnol), contribuent à documenter la diversité socio-culturelle des pratiques.

Enfin, dans une perspective systémique, nous nous attachons à étudier les manières de consommer et les choix alimentaires collectifs (maisons, enceintes), soit carnés à partir des ossements, soit végétaux à partir du matériel de mouture, complétés par l’analyse chimique des résidus dans les vases céramiques (collaboration avec l’Université de Bristol, ANR Homes). Des analyses isotopiques sont également réalisées autour du régime alimentaire des populations néolithiques (collaboration avec l’UMR 7269 Lampea, ANR Homes).

2. Productions et exploitations des ressources minérales

Les stratégies d’acquisition, de transformation, de distribution et d’abandon des roches sédimentaires (silex, grès, argile), des métaux (cuivre, étain, fer) ou encore du sel sont abordées afin d’aboutir à des modèles synthétiques. Réservoir d’informations socio-cognitives, le système céramique constitue une clé d’entrée majeure pour révéler les traditions techniques, les modalités de transmission ainsi que les modes et voies de peuplement : qui produit, émet, reçoit et comment ? Outre les questions d’acquisition de matières premières (argilothèque, pétrographie et chimie) et de systématisation des protocoles analytiques (observations archéologiques, typo-chronologie, analyses chimiques, expérimentations, référentiels ethnographiques, imagerie 3D : projet IDEXJEDI ToMat en collaboration avec le CEPAM et l’INRIA Nice), l’approche intégrée des étapes de la chaîne opératoire est poursuivie sur le temps long à travers l’étude de plusieurs sites-clés du Néolithique du Bassin parisien et de l’âge du Bronze dans l’ouest de la France. En Europe centrale, l’étude céramique de deux jalons de la néolithisation européenne est développée (projet NFKI Transforming traditions of material culture. Spatial and temporal patterns in pottery style, production and use during the second half of the 6th millennium cal BC in SE-Transdanubia and beyond en collaboration avec collaboration avec l’Académie des Sciences de Hongrie). L’élaboration de scénarios novateurs sur les structures sociales des communautés du Néolithique et des âges des Métaux s’appuie sur l’étude du fonctionnement de l’espace habité (ANR Homes), de la circulation des savoir-faire et des mécanismes de mobilité des individus (projet iNSTaNT).

Adossé aux lithothèques, l’outillage lithique et les parures en pierre sont au cœur de l’étude des systèmes de production et de consommation. La gestion des ressources siliceuses, le développement des minières, la circulation des productions spécialisées sur de longues distances participent à la définition des réseaux d’approvisionnement, des modalités de diffusion et des interactions territoriales ainsi qu’à l’analyse des processus de complexification économique et technique. Ce thème est par exemple développé à travers l’étude comparative de quatre enceintes majeures du Chasséen et du groupe de Spiere. L’étude technologique des industries lithiques intègre une réflexion sur le degré de spécialisation et les réseaux d’apprentissage (ANR Homes). Nous nous interrogeons sur la place et le rôle des biens produits, de domestiques à plus ou moins prestigieux (comme les productions chalcolithiques de Bulgarie et de Roumanie (participation à la Mission Delta du Danube et IRP Geoarchaeology of environmental changes in Lower Danube and Delta), ou celles du Grand-Pressigny en France), sur leur circulation et leur valeur économique et sociale (Balkans), de même que sur la variété des identités culturelles qu’ils dessinent (voir Balkans et PCR Meule) et des réseaux de distribution qu’ils supposent. La caractérisation des matériaux, en particulier des silicites, sont appréhendés au travers de plusieurs programmes régionaux et nationaux (PCR Ile-de-France, GDR national SILEX), afin de préciser les origines gîtologiques et les territoires d’exploitation et de production lithiques. De même, un programme se développe dans les Balkans sur ces caractérisations.

Cette approche sur le temps long, du Néolithique à l’âge du Fer, trouve un écho particulier dans l’évolution du système technique avec une complémentarité, puis une substitution de plus en plus prégnante de la pierre par le métal. Quelles sont les étapes de cette révolution lente et à quels rythmes se manifestent-elles dans les régions métallifères et dans les bassins sédimentaires ? L’origine et la diffusion de la métallurgie du cuivre et du bronze en France se posent aujourd’hui sur de nouvelles bases. Les analyses de métaux et de leurs alliages (composition élémentaire et isotopique) permettent de mieux caractériser la production des haches plates en cuivre et alliage cuivreux dans le nord de la France du 4e au 2e millénaire. Plusieurs projets de PCR (DRAC-MCC) développent, dans l’ouest de la France, expérimentations, fouilles d’ateliers littoraux et études de mobilier remarquable, comme les lingots. L’artisanat et les métallurgies de l’âge du Bronze, en Bretagne et dans le Bassin parisien, sont également étudiés à travers le mobilier non métallique : stigmates de fonte, moules (en bois, pierre, terre) et structures en terre. La réduction du spectre de l’outillage lithique et macrolithique durant les âges des Métaux est également interrogée (rôle et spécialisation fonctionnelle, projet Synchrotron).

Enfin, la production du sel se révèle un bon marqueur de l’évolution des fonctionnements sociaux, de la néolithisation à l’apparition de l’État. Son étude ne se limite pas aux techniques d’exploitation/extraction, que ce sel soit liquide (eau de mer, source salée) ou solide (sel gemme), mais intègre plus largement l’environnement (gestion et impacts), les dynamiques de peuplement, les réseaux d’échanges, ou encore l’émergence des inégalités sociales. Aujourd’hui, l’accent est mis sur les plus anciens outils miniers d’extraction (Europe occidentale, Caucase) et sur les installations littorales (puits clayonnés, fosses et fossés imperméabilisés…), les dynamiques de migration autour des ressources naturelles (projet NéoDyn), tout en développant des référentiels ethnohistoriques et ethnoarchéologiques (projet ID-CNCSAnthropoSalRo). Plusieurs terrains exploratoires sont abordés, en France dans les Pyrénées centrales et les marais atlantiques (en collaboration avec l’UMR 5608-Traces, participation à l’ANR Monumen), en Espagne dans le Pays basque (mission NéoSal du MEAE en prép.), mais aussi en Méditerranée dans le sud de la péninsule italienne à l’interface entre archéologie et sciences naturelles (projet H2020-MSCA-ITN SaltGiant). Côté méthodologie, après une série de tests, les marqueurs chimiques éventuels (éléments traces et/ou isotopes) de certains gisements de sel seront recherchés pour pister les déplacements de troupeaux (pastoralisme).

 

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Fig. 1 : Études des compositions de verres bruts laténiens : analyses élémentaires en LA-ICP-MS réalisées avec l’UMR 5060 Iramat /CEB (Photo J.Rolland)

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Fig. 2 : Approches des techniques de fabrication des parures en verre celtiques : expérimentations des différentes chaînes opératoires conduites avec l’équipe de verriers de Silicybine, S.A. (Photo J.Rolland)

1_2_4_fig3.jpgFig. 3 : Obtention expérimentale de poudre colorante par abrasion d’un morceau
d’hématite (photo C. Hamon)

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Fig. 2 : Spécialisation et stratification sociale au Bronze ancien : les productions d’armatures perçantes (C. Nicolas)

 

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Lin teillé expérimentalement à l’aide d’une lame de silex (cliché F. Médard)

 

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Fig. 1 : Approche des chaînes opératoires de fabrication des céramiques (document Trajectoires, L. Gomart)

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Fig. 2 : Amas de grands moules céramiques pour la fabrication de pains de sel (c. 4500 BC, Provadija, Bulgarie). Photo O. Weller

 

1.2.2 Ressources et technologie lithique

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Fig. 2 : Nombre de haches en silex par commune dans l’inventaire 2014 du Val de Seine [document F. Giligny et F. Bostyn (dir.) 2016, Sidestone Press

 

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Fig. 3 : Les industries lithiques au temps du métal (3000-1000 av. n. è.) : des pointes en métal pour tailler le silex ; des artefacts en pierre copiés en métal (photos C. Nicolas)

 

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L’affleurement de sel gemme de Cardona en Catalogne et ses outils d’extraction du Néolithique moyen. © O. Weller

 

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Les différentes exploitations de sel en Europe, 6000-2300 BC. © O. Weller

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Filtrage de cendres salées (Baruya, Papouasie Nouvelle-Guinée). © O. Weller

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Fig. 1 : Circulation des lames rubanées de Verlaine (Hesbaye) dans le réseau des sites du Rubané occidental